A moins d’une semaine de l’investiture de Joe Biden, l’administration dirigée par Donald Trump a tiré le dernier coup de feu sur la Chine. Après avoir flirté avec Taiwan, suscitant la colère de Pékin, les États-Unis sont revenus sur l’origine du coronavirus. Le département d’État américain a publié un rapport au titre emblématique : Fiche d’information: Activités à l’Institut de virologie de Wuhan (Fact Sheet: Activity at the Wuhan Institute of Virology) :

« Depuis plus d’un an, commence le rapport édité par les États-Unis, le Parti communiste chinois (PCC) a systématiquement empêché une enquête transparente et approfondie sur l’origine de la pandémie de covid-19, choisissant plutôt de consacrer d’énormes ressources à la tromperie et à la désinformation. »

Dès le 12 janvier dernier le Daily Mail, repris par MPI,  se faisait l’écho de ces révélations en publiant un article évoquant une intervention prochaine du secrétaire d’État sortant Mike Pompeo sur le sujet.

Une partie du document mérite une attention particulière. C’est celui dans lequel il est fait référence aux chercheurs de l’Institut de virologie de Wuhan (WIV), ville qui fut le premier épicentre connu de la pandémie. Le gouvernement américain affirme, le terme précis est « a des raisons de croire », que plusieurs scientifiques de WIV étaient malades dès l’automne 2019, soit avant le premier cas identifié de pandémie. Cependant, il est difficile de parler avec certitude de covid, étant donné que leur maladie aurait généré des symptômes compatibles avec soit avec le Sars-CoV-2 qu’avec les maladies saisonnières classiques. En outre, il n’y a pas de preuves solides sur la table pour confirmer une telle allégation.

La question sur laquelle les États-Unis entendent concentrer leur attention concerne la crédibilité des déclarations de Shi Zhengli, chercheur principal à l’institut. La célèbre virologue chinoise, également connu sous le surnom de Bat Woman, avait déclaré qu’à l’automne 2019, personne à l’intérieur du laboratoire n’avait contracté d’infections de quelque nature que ce soit. En d’autres termes, aucun membre de l’établissement n’aurait contracté un virus similaire au tristement célèbre nouveau coronavirus (ou ses plus proches parents). Les États-Unis, en revanche, affirment que certains chercheurs du WIV ont présenté des symptômes suspects.

Pour appuyer ces révélations, l’article cite le précédent du SRAS :

« Les infections accidentelles dans les laboratoires (chinois, ndlr) ont provoqué plusieurs flambées virales en Chine et ailleurs, dont une épidémie de SRAS en 2004. »

Impossible de dissiper les doutes, puisque« le Parti Communiste Chinois a empêché des journalistes indépendants, des enquêteurs et des autorités sanitaires mondiales d’interroger les chercheurs du WIV, y compris ceux qui sont tombés malades à l’automne 2019 ».

La publication de ce rapport américain est survenue en même temps que la mission de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en Chine. Profitant de la présence au-delà de la muraille de Chine du groupe de travail d’experts internationaux, les États-Unis ont réclamé que « toute enquête crédible sur l’origine du virus » comprenne « des entretiens avec ces chercheurs et un compte rendu complet de leurs maladies non signalées auparavant ».

Cette fois, les États-Unis sont allés plus loin en mettant noir sur blanc des hypothèses très lourdes. Tout d’abord, il convient de noter que, « depuis au moins 2016, les chercheurs du WIV ont mené des expériences impliquant RaTG13, le coronavirus de la chauve-souris identifié par l’institut en janvier 2020 comme son échantillon le plus proche du Sars-CoV-2 (similaire à 96,2%) ». Le département américain a ensuite souligné comment le laboratoire de Wuhan, après l’épidémie de SRAS de 2003, est devenu une pierre angulaire de la recherche internationale sur les coronavirus. Dès lors, WIV a étudié et manipulé des animaux tels que des souris, des chauves-souris et des pangolins. En combinant les points, Washington spécule de manière assez explicite que l’origine de la pandémie de covid-19 peut, d’une certaine manière, être liée au laboratoire.

Serait-ce une expérience qui a mal tourné ? Pas seulement selon le document qui parle également des armes biologiques, « pendant de nombreuses années, les États-Unis ont publiquement exprimé leurs préoccupations au sujet des travaux antérieurs de la Chine sur les armes biologiques, que Pékin n’a ni documentés ni supprimés de manière démontrable », et d’un lien présumé entre le WIV de Wuhan et l’armée chinoise. Selon la Maison Blanche, l’institut en question, « bien qu’il se présente comme une institution civile », aurait collaboré « à des publications et des projets secrets avec l’armée chinoise » et se serait engagé dans des expériences sur des animaux de laboratoire « pour le compte de l’armée chinoise au moins depuis 2017 ».

Jamais les insinuations de Washington n’auront été aussi loin. Pourtant, malgré les hypothèses et les suppositions, « le gouvernement américain ne sait pas exactement où, quand et comment le virus covid-19 a été initialement transmis aux humains. Nous n’avons pas déterminé si l’épidémie a commencé par contact avec des animaux infectés ou était le résultat d’un accident dans un laboratoire de Wuhan, en Chine ».

Rappelons que cette hypothèse d’un covid-19 échappé d’une manipulation humaine, et donc sorti d’un laboratoire, est partagée par de nombreux scientifiques.  La généticienne Alexandra Henrion-Caude, samedi 16 janvier, sur la chaine de ré-information Tv Libertés, évoquait cette possible origine du virus en laboratoire  :

« Si on n’a pas les moyens aujourd’hui d’avoir une certitude, cependant, explique-t-elle, nous sommes de plus en plus (de scientifiques, ndlr) à avoir des points de vue de virologues, de généticiens ou de biochimistes, qui regardent le SRAS-Cov-2 et qui disent ‘en tout cas c’est compatible avec une création de laboratoire’. » (Tv Libertés, 12 minutes).

 Francesca de Villasmundo 

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