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La Presse Internationale a, dans sa grande généralité, assez peu communiqué sur ce que l’on peut appeler le succès de l’intervention militaire russe en Syrie[1]. Et même si l’intervention du Corps expéditionnaire russe n’est pas terminée, force est de constater que tant sur le plan politique que sur le plan militaire, la copie rendue séduit à plusieurs titres. L’opération qui visait à « sauver » le Président Bachar al-Assad a clairement touché son but en assurant à l’homme de Damas non seulement une plausible victoire mais surtout l’assurance de sa gouvernance à court terme; sur le plan militaire, les Russes n’ont pas fait les choses à moitié en éradiquant l’Etat Islamique des axes principaux de la Syrie comme d’une majeure partie du terrain qu’il occupait. Outre ces bénéfices directs, la Russie renforce sa stature d’Etat avec lequel le monde doit – désormais – compter.

De la crise libyenne à celle de Syrie.

Pour comprendre cette intervention qui a commencé officiellement le 30 septembre 2015, il est nécessaire de remonter aux événements survenus en Libye (2011) qui avait vu une Russie dupée, en complet désaccord avec les Etats membres de l’OTAN qui avaient transformé une résolution « de bonne intention » en un passeport d’intervention. « Une bonne résolution a été transformée en un chiffon de papier pour couvrir une opération militaire inutile », affirmait Dmitri Medvedev le 20 juin 2011 dans une interview au Financial Times. Après avoir été compréhensive des crises du « Printemps arabe », la Russie va ensuite se démarquer irréversiblement de la communauté internationale, estimant que «  le caractère exclusivement humanitaire de la résolution 1973 » a été transformée de manière « inacceptable » en permettant de « violé(r) le mandat donné par le Conseil de Sécurité ».

 Dès lors, la Russie n’entend plus laisser faire et refuse l’idée qu’on puisse changer de l’extérieur le régime de Damas. Pour Moscou, le départ de Bachar al-Assad est une ingérence sans fondement. Alliée de longue date à la Syrie, la Russie a bien entendu de nombreux avantages à lui venir en aide: déjà à l’époque de la guerre froide, l’URSS coopère  économiquement et militairement avec elle; son libre accès au port de Tartous lui donne un point d’appui matériel et technique d’une haute valeur stratégique en Méditerranée (accord de 1971); enfin, en intervenant au profit d’un allié, elle supprime un champ d’actions supplémentaire aux forces des Etats de l’OTAN qui ne rêvent que d’encerclement de la Russie..

« Cette opposition totale sur cette question est un autre facteur explicatif de la politique (de Poutine), un chercheur américain allant jusqu’à estimer que « le jour où le président Obama a déclaré le 18 août 2011 que “le temps était venu pour le président Assad de partir”, faisant du changement de régime une priorité officielle des États-Unis, la fenêtre pour un terrain commun avec la Russie aux Nations Unies s’est complètement fermée »[2] indique Anne de Tinguy[3]

Le 30 septembre 2015, à la télévision russe, Vladimir Poutine s’exprime sur l’intervention en Syrie: « Le seul moyen de lutter efficacement contre le terrorisme international – en Syrie comme sur les territoires voisins – […] est de prendre de vitesse, de combattre et de détruire les combattants et les terroristes sur les territoires qu’ils contrôlent et de ne pas attendre qu’ils arrivent chez nous. »

Stratégie aérienne et faible engagement terrestre.

Si l’’intervention russe est un succès, par-delà le faible effectif engagé sur le terrain, il n’en reste pas moins vrai qu’il est aussi le résultat d’une volonté politique à choisir ses alliés comme à nommer ses ennemis. Et pour le coup, la Russie a été clairvoyante comme courageuse à désigner, dans ce bourbier syrien constitué d’une mosaïque de belligérants, ceux qu’elle voulait clairement combattre, bien au-delà des combines internationales aux enjeux pour le moins sibyllins et ce, avec le concours d’une Armée Syrienne (AAS) visiblement tout à fait capable à manœuvrer sur son terrain.

 Au niveau des moyens engagés, le format étonne :les forces aériennes russes ont aligné 70 aéronefs[4] – sur les 1600 dont dispose le pays – et les forces terrestres 4 à 5000 hommes[5] – sur les 750 000 hommes de la Fédération de Russie – ont été déployés en Syrie (dont la fameuse 810e Brigade d’Infanterie de Marine) auxquels on peut rajouter quelques unités de Forces Spéciales (Spetsnaz), une dizaine de chars et quelques batteries LRM (Lance-Roquette Multiple) pour l’artillerie sans oublier les drones. Ainsi, la stratégie russe était axée sur une option clairement aérienne évitant pour le coup l’hypothétique enlisement, souvent synonyme de coûts humains élevés, dont les armées soviétiques avaient fait les frais en Afghanistan comme en Tchétchénie quelques décennies auparavant. Quant à la « productivité » de cette opération, elle relève de la quasi-excellence.

« Malgré la densité engagée, le coût d’emploi (environ 3 millions d’euros/jour) peut être comparé à l’action de l’opération française Chammal au Levant (1 200 hommes et environ 15 aéronefs, un million d’euros/jour) et qui, pour n’évoquer que le volet appui aérien, représente une moyenne de 6 sorties aériennes (dont une frappe/jour pour 33 pour les Russes). Au regard des résultats obtenus, il est incontestable que les Russes ont une « productivité » opérationnelle très supérieure à celle des Américains ou des Français.».[6] De plus, comme le souligne Michel Goya « la brigade aérienne a été engagée dans plusieurs dizaines d’opérations combinées, à un rythme très élevé (1 000 sorties mensuelles en moyenne) rendu possible par la proximité des bases de la ligne de contact, comme Hmeimim en premier lieu (à 25 km au sud de Lattaquié)  Shairat ou Tiyas près de Palmyre ».

Une redoutable efficacité.

A l’actif des Russes, l’intervention a considérablement réduit les forces rebelles et ce, dès l’année 2015, accentuée avec la prise d’Alep en décembre 2016 comme de l’axe autoroutier M5 ou la « route de Damas » qui traverse le pays de la Jordanie jusqu’à Homs en passant par Alep et Damas, ainsi que l’aéroport de Deir ezzor, assiégé par l’Etat Islamique. Cette semaine encore, c’est Maadan, une des dernières localités aux mains de l’EI au Sud de Raqqa qui a été reprise par les troupes syriennes. Cependant quels constats est-il permis de faire après deux ans d’intervention[7]? Comme l’explique à nouveau Michel Goya, l’essentiel des pôles de résistance ont basculé à un moment ou à un autre pour disparaître.

«  Il n’y a plus que deux pôles territoriaux rebelles arabes sunnites cohérents en Syrie : la partie de l’Euphrate syrien encore tenue par l’Etat islamique et surtout la province d’Idlib, aux mains d’une coalition de factions dominée par Hayat Tahrir al-Sham (ex-Jabhat al-Nosra). Les autres forces rebelles sont désormais éclatées et servent souvent de supplétifs à d’autres acteurs par ailleurs concurrents, comme la Turquie, le Parti de l’union démocratique kurde (PYD), la Jordanie, Israël ou les Etats-Unis. Encore une fois, cette évolution est largement le fait de l’intervention russe qui lui donne aussi un poids diplomatique particulier tant sur le théâtre lui-même, où la Russie sert d’intermédiaire avec quasiment tous les acteurs locaux ou extérieurs et sur la scène internationale. D’un point de vue tactique, ces espaces disputés sont essentiellement urbains, parfois montagneux, et toujours difficiles à conquérir surtout pour des forces disponibles en manœuvre offensive, et relativement peu nombreuses de part et d’autre. On a donc assisté à des opérations extrêmement fragmentées et à des batailles d’autant plus lentes que la motivation des défenseurs était forte ».

Pour conclure et même si la bataille n’est pas encore finie, on peut allègrement dresser un constat très positif de l’intervention russe en Syrie. Avec des effectifs réduits et un engagement de matériels certes intensif mais somme toute rationné, les Russes ont réussi un pari qui, par l’intelligence et l’intensité des actions, s’est transformé en victoire. Et même si la victoire militaire est essentiellement russe, on peut en attribuer les effets politiques à Moscou comme à Damas qui n’en n’attendait pas plus de son fidèle allié. Et force est de constater qu’avec une feuille de route cohérente –et je dirais loyale-, les Russes ont acquis une autorité qui, des Occidentaux en passant tous les belligérants locaux, laissera pour longtemps l’empreinte d’une redoutable efficacité.

Ch.Mihaïlovitch Tripetzky

[1] Voir l’excellent article de Michel GOYA in« La voie de l’épée »

[2] Charap 2013 p. 37‑39

[3] Anne de Tinguy : « La Russie face aux révoltes libyennes et syriennes »

[4] Composés essentiellement de bombardiers tactiques Sukhoi-34, de chasseurs multi rôles Sukhoi-30 et Sukhoi-35, complétés d’hélicoptères Mi-24 PN, MI-35M et Kamov-52

[5] Russia’s Syria operation cost over $460 million — Putinhttp://tass.com/politics

[6] Michel Goya in « La voie de l’épée »

[7] Le nombre de tués russes est officiellement de 23 militaires et 17 employés civils de sociétés privées.

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A. F.
A. F.
il y a 6 années

ça progresse ! ouf

Chouanne
Chouanne
il y a 6 années

Finalement il n’y a qu’en France que rien de concret ne se passe en faveur sinon de notre religion, lais du moins de notre civilisation.

Geneviève
Geneviève
il y a 6 années

« La croix n’est pas un symbole religieux  »

Ah bon ?
J’espère que les Bavarois reviendront aussi à la foi et à la religion de leurs ancêtres, car Dieu ne les défendra jamais s’ils relèguent la Sainte Croix dans le domaine du culturel !

Soupape
Soupape
il y a 6 années
Répondre  Geneviève

Je suis bien d’accord avec vous.

Mais notez la restriction mentale : (à prendre comme),
et la différence de vocabulaire : (neutralité / laïcité)
entre l’Allemagne et la France.

Il faut donc comprendre :
« La croix n’est pas (à prendre comme) un symbole religieux
« et ne viole pas l’exigence de neutralité (et non de laïcité !) ».

L’ensemble reste choquant.
Mais un responsable politique ne peut pas faire autrement.

Tout dépend du degré de Foi du peuple !
Le peuple n’a que ce qu’il mérite.

1 – La Foi chrétienne, à la différence d’avec d’autres religions,
repose sur la libre adhésion !
Le Dieu des Apôtres de Jésus-Christ s’adresse toujours à notre liberté.
Même à Marie, il a demandé l’autorisation …

Parenthèse :
Cette liberté est nécessaire pour construire pas à pas une relation à Dieu,
fondée sur l’Ecriture, et, pour la compréhension de l’Ecriture,
sur une demande permanente d’assistance adressée à l’Esprit,
démarche qui finit par devenir la Foi.

Sinon, si le catéchisme n’enseigne que les dogmes,
il n’y pas de vraie Vie avec Dieu,
et les enfants ont la tête dans un étau.
Ce pourquoi ils envoient tout balader à 14 ans.
Fin de parenthèse.

2 – L’Allemagne se préoccupe de neutralité
et non de laïcité … à la le pen, ou à la nullande, à la vaïsse,
ou encore pire : à la mécréant.

En effet l’Allemagne n’est venue que très récemment à la république,
et elle n’a pas utilisé la hache (comme les anglais),
ni la guillotine (comme les français).

Pour les allemands, la république n’est pas nécessairement athée,
même s’il y a des froncs-massants en Allemagne,
à commencer par le trop célèbre goethe (sans majuscule exprès).

sissi
sissi
il y a 6 années
Répondre  Soupape

on dit comme les musulmanes avec leurs chiffons : cela n’est pas un signe religieux !!

Marc
Marc
il y a 6 années
Répondre  Geneviève

« Symbole culturel », ce n’est pas a garder en tete, c’est pas grave… juste une etape, une réthorique d’avocat pour remettre la croix au mur. In Fine, Elle sera la, et tout le monde ne retiendra que sa Vraie signification religieuse, et Son influence sera la. Personne ne se rappellera du « petit mensonge » du début , l’arbre portera ses fruits, et on le jugera aux fruits qu’il portera. Celui qui a dit « symbole culturel » prend sur lui cette responsabilité du mensonge,c’est une bonne action pour lui. Pas a prendre au premier degré . Voyez le résultat de son action.

sissi
sissi
il y a 6 années

bravo la Bavière, il serait temps d’ouvrir enfin les yeux ! pourquoi enlever nos croix à cause de l’islam alors que les femmes emballées envahissent nos rues ?